Le salaire médian et le niveau de vie médian ne mesurent pas la même chose. Le premier décrit la rémunération nette d’une personne salariée, ramenée à un temps plein (les chiffres cités plus bas sont des moyennes, non des médianes). Le second décrit le revenu disponible d’un ménage après impôts et prestations, rapporté au nombre de personnes qui le composent. Un salaire médian élevé ne garantit donc pas un niveau de vie élevé, et la taille du foyer modifie fortement le résultat.
Salaire médian ou niveau de vie médian : quelle différence ?
Le salaire médian en équivalent temps plein
Le salaire médian est la valeur qui partage les salariés en deux groupes de même effectif : la moitié perçoit davantage, l’autre moitié perçoit moins. Il est exprimé en équivalent temps plein (EQTP) : un salarié à mi-temps est ramené à un temps plein pour que les rémunérations soient comparables entre elles. Le chiffre obtenu n’est donc pas le salaire réellement touché par une personne à temps partiel, mais une valeur reconstituée.
Pour repère, le salaire net moyen en EQTP dans le secteur privé est d’environ 2 735 € par mois en France en 2023. Il s’agit d’une moyenne, calculée sur l’ensemble des salariés, et non d’une médiane.
Le niveau de vie Filosofi
Le niveau de vie part du revenu disponible du ménage, c’est-à-dire l’ensemble de ses revenus après déduction des impôts directs et ajout des prestations sociales. Il est établi après impôts et prestations, ce qui le rapproche de la réalité des ressources disponibles, là où le salaire ne reflète qu’une seule source de revenu d’activité.
Le niveau de vie médian partage les ménages en deux moitiés : la moitié vit avec un niveau de vie supérieur à la médiane, l’autre moitié avec un niveau inférieur.
Unité de consommation et taille du ménage
Pour comparer des foyers de tailles différentes, le revenu du ménage est divisé par son nombre d’unités de consommation (UC). Le principe repose sur des économies d’échelle : le premier adulte compte pour une unité, les membres suivants pèsent moins, car un logement ou un abonnement sont partagés. À revenu total égal, un couple sans enfant a un niveau de vie plus faible qu’une personne seule, puisque son revenu est divisé par plus d’une unité de consommation. Le gain des économies d’échelle n’efface pas ce partage.
Ce mécanisme explique que deux communes à salaire médian proche puissent afficher des niveaux de vie médians différents : la composition des ménages, la part de familles nombreuses ou de personnes seules, et le poids des prestations jouent sur le résultat.
| Indicateur | Salaire médian (EQTP) | Niveau de vie médian (Filosofi) |
|---|---|---|
| Unité analysée | Salarié | Ménage, rapporté à une UC |
| Revenu pris en compte | Rémunération nette d’activité | Ensemble des revenus du ménage |
| Impôts et prestations | Non intégrés | Intégrés (après impôts et prestations) |
| Taille du foyer | Sans effet | Pris en compte via les UC |

Où trouver les données par ville ?
Pour comparer le niveau de vie médian d’une commune à une autre, la principale source publique est l’Insee, à travers le dispositif Filosofi. Ces données sont accessibles gratuitement et sans inscription sur le site de l’Insee, dans les jeux de données publiés par niveau géographique.
Les niveaux géographiques disponibles
Filosofi est diffusé à plusieurs échelons, ce qui permet de passer du plus local au plus global :
- Commune : le niveau le plus fin, utile pour comparer deux villes directement ;
- EPCI (établissement public de coopération intercommunale, par exemple une métropole ou une communauté d’agglomération) : pertinent pour raisonner sur un bassin de vie ;
- Département et région : utiles pour situer une commune par rapport à son environnement ;
- France entière : la référence nationale à laquelle rapporter les autres niveaux.
Le jeu de données utilisé pour les comparaisons communales et intercommunales est identifié sous la référence DS_FILOSOFI_CC. Le niveau de vie médian y figure du niveau communal jusqu’au niveau national ; le salaire net EQTP du privé n’est en revanche utilisé ici qu’à l’échelle régionale.
Le millésime à utiliser
Le millésime 2023, appelé Filosofi 2, était le dernier disponible dans les sources consultées ; vérifiez sur le site de l’Insee si un millésime plus récent a été publié. Le millésime 2022 n’a pas pu être produit. Conséquence directe : les indicateurs 2023 ne sont pas directement comparables à ceux des millésimes 2012 à 2021. Une évolution calculée entre 2021 et 2023 en prenant les chiffres bruts serait donc trompeuse. Pour suivre une tendance, il faut rester à l’intérieur d’une même série ou consulter les notes méthodologiques de l’Insee avant tout calcul de variation.
Les limites de publication
Deux limites conditionnent ce qui peut être publié :
- Secret statistique : aucune statistique n’est diffusée pour les zones de moins de 100 personnes. Les très petites communes peuvent donc apparaître sans chiffre, et il faut alors se tourner vers l’EPCI ou le département.
- Lecture du salaire moyen : le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) du secteur privé, publié par l’Insee, est une moyenne nationale d’environ 2 735 € par mois en 2023. Ce chiffre sert de repère.
Méthode pour retrouver une commune
- Ouvrir le site de l’Insee et chercher le jeu DS_FILOSOFI_CC.
- Sélectionner le niveau géographique voulu (commune, EPCI, département ou région).
- Vérifier que le millésime affiché est bien 2023.
- Lire les notes de bas de tableau pour repérer les cellules masquées par le secret statistique.
- Noter la date de consultation, car les jeux sont régulièrement mis à jour.
Les écarts de salaires entre régions
En 2023, le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) du secteur privé s’élève à environ 2 735 € par mois en France. Cette moyenne nationale sert de référence pour mesurer l’écart de chaque région.
Les écarts sont nettement marqués. L’Île-de-France se situe au-dessus de la moyenne, tandis que plusieurs régions du sud et de l’est restent en dessous.
| Région | Écart à la moyenne nationale | Salaire net EQTP indiqué |
|---|---|---|
| Île-de-France | +27,9 % | environ 3 497 € |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) | −6,3 % | 2 564 € |
| Occitanie | −9,7 % | non précisé |
| Grand Est | −10,2 % | non précisé |
Pour lire ce tableau, il faut retenir deux points :
- L’écart mesure une position relative. Un écart de −10,2 % signifie que le salaire régional est inférieur de cette proportion à la moyenne nationale, sans indiquer le montant exact dans les données retenues.
- Le secteur privé est seul concerné. Les chiffres ne couvrent ni la fonction publique ni les indépendants, et ne décrivent pas la répartition interne de chaque région. Seules quatre régions sont retenues ici.
Pour comparer deux régions, il suffit donc de partir de leur écart respectif à la moyenne nationale. Par exemple, l’écart entre l’Île-de-France et le Grand Est est la différence entre +27,9 % et −10,2 %, soit environ 38 points de pourcentage.
Paris et grandes villes : ce que disent les données régionales
En 2023, le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) du secteur privé est d’environ 2 735 € par mois en France. En Île-de-France, il atteint environ 3 497 €, soit 27,9 % au-dessus de la moyenne nationale. Parmi les trois autres régions retenues ici, toutes sont en dessous de cette moyenne :
- PACA : 2 564 €, soit 6,3 % de moins que la moyenne nationale.
- Occitanie : 9,7 % de moins.
- Grand Est : 10,2 % de moins.
La prime francilienne ne se retrouve donc pas au niveau régional dans les autres grandes régions. Ces chiffres restent régionaux : ils ne permettent pas de dire si Lyon, Marseille, Toulouse ou Lille dépassent leur région.
Ce qui explique l’écart : l’effet de structure
Un salaire moyen élevé peut s’expliquer par une forte concentration de postes qualifiés (effet de structure), hypothèse à vérifier. Pour vérifier cette hypothèse métropole par métropole, la méthode consiste à :
- Relever la part des cadres dans l’emploi salarié de chaque zone, dans les bases statistiques publiques.
- Rapprocher cette part du salaire moyen de la même zone.
- Une forte corrélation est un indice que la composition de l’emploi joue un rôle, sans le prouver. Une corrélation faible suggère que d’autres facteurs, comme les rémunérations par poste, interviennent. Dans les deux cas, il faut une analyse plus fine avant de conclure.
Secteurs dominants
Les secteurs les plus présents dans une métropole (services aux entreprises, finance, industrie, administration) influencent directement la moyenne. Il faut identifier les deux ou trois secteurs qui pèsent le plus dans l’emploi local, puis comparer leur niveau de rémunération avec celui des mêmes secteurs dans la région.
Écarts entre métropole et périphérie
Le niveau de vie médian sert à repérer les écarts entre une métropole et ses couronnes, mais ne remplace pas une comparaison de salaires.

Le salaire suffit-il pour comparer deux villes ?
Non. Un salaire moyen ou un niveau de vie médian donne un ordre de grandeur, mais il ne dit ni combien d’heures sont travaillées, ni combien de personnes par foyer contribuent au revenu, ni comment les revenus se répartissent dans la commune. Deux villes peuvent afficher des chiffres proches et offrir des situations très différentes.
Le temps de travail change la lecture du chiffre
Le salaire net moyen diffusé par l’Insee est calculé en équivalent temps plein (EQTP). En 2023, il est d’environ 2 735 € par mois dans le secteur privé en France, et de 3 497 € en Île-de-France (+27,9 % par rapport à la moyenne nationale).
Une commune où la part de temps partiel est élevée peut afficher un EQTP proche de la moyenne nationale alors que les salariés touchent, en pratique, des montants mensuels nettement plus faibles. Pour comparer deux communes, il faut vérifier la part de temps partiel dans les données d’emploi locales avant de conclure.
Nombre d’actifs et composition des ménages
Un revenu par personne ne dit rien du nombre de personnes qui travaillent dans un foyer.
Dispersion des revenus au sein d’une ville
Une médiane indique le revenu du milieu de la distribution, mais pas l’écart entre les revenus les plus bas et les plus hauts. Deux communes peuvent avoir la même médiane avec une répartition très différente.
Pour mesurer cette dispersion, il faut chercher des indicateurs d’inégalités (rapports entre déciles de revenus) dans les jeux de données dédiés, et non dans le seul salaire moyen.
Méthode pour croiser revenus, prix de l’immobilier (DVF) et services
Un salaire médian renseigne peu sur le pouvoir d’achat tant qu’il n’est pas rapporté au coût du logement et à l’offre locale. La méthode consiste à relier trois jeux de données à une même maille, la commune, puis à agréger par EPCI ou département si les effectifs sont trop faibles.
Prix au m² par commune (DVF)
Les transactions DVF permettent de calculer un prix médian au m² par commune. Pour que la comparaison tienne :
- exclure les transactions sans surface renseignée ou atypiques (locaux d’activité, très petites surfaces) ;
- séparer appartements et maisons, dont les prix diffèrent nettement ;
- utiliser la même période pour les deux communes comparées.
Le budget d’achat type se calcule ensuite ainsi : prix au m² médian × surface de référence (par exemple 60 m²). Il permet de comparer des communes sur une base identique.
Ratio prix sur revenu
Le ratio prix-revenu s’obtient en divisant le budget d’achat type par le revenu annuel de référence. Plus le ratio est élevé, plus il faut d’années de revenus pour financer le même logement.
Le choix du revenu compte. Le salaire net moyen en EQTP du privé mesure un niveau de rémunération dans l’emploi salarié.
| Zone | Salaire net moyen EQTP privé, 2023 | Écart à la moyenne nationale |
|---|---|---|
| France | environ 2 735 € par mois | référence |
| Île-de-France | environ 3 497 € | +27,9 % |
| PACA | 2 564 € | −6,3 % |
L’Occitanie (−9,7 %) et le Grand Est (−10,2 %) sont également sous la moyenne nationale, sans montant publié dans la fiche.
Accès aux services et aux transports
Le pouvoir d’achat réel dépend aussi de ce que le revenu permet d’obtenir localement. Pour chaque commune, il est pertinent de relever :
- les équipements de proximité : santé, écoles, commerces du quotidien, et la distance pour les atteindre ;
- la desserte en transports : présence d’une gare, fréquence des trains ou bus, temps de trajet vers le pôle d’emploi le plus proche.
Une commune au ratio prix-revenu favorable peut perdre cet avantage si les trajets domicile-travail augmentent les dépenses de transport ou le temps passé. Le critère pertinent est donc le reste à vivre après logement et déplacements, plutôt que le seul prix au m².
Comment comparer deux villes pas à pas ?
Comparer deux communes consiste à ramener des indicateurs publiés dans des unités et à des échelles différentes à une même base, puis à lire l’écart entre les deux. Dans les données disponibles, le niveau de vie médian (Filosofi) est diffusé jusqu’au niveau communal, alors que le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) du secteur privé n’est publié qu’à l’échelle régionale. La méthode doit donc tenir compte de ces niveaux de publication.
Étape 1 : sélectionner les indicateurs comparables
Retenez uniquement les indicateurs publiés pour les deux communes, au même millésime et selon la même définition. Un indicateur absent pour l’une des deux communes ne doit pas être remplacé par une moyenne départementale : il faut le signaler ou le retirer de la comparaison.
Étape 2 : ramener chaque indicateur à une unité commune
| Indicateur | Unité publiée | Unité de comparaison | Règle de calcul |
|---|---|---|---|
| Niveau de vie médian (Filosofi, commune) | Montant en euros | Écart à la référence en % | (valeur de la commune − référence) / référence × 100 |
| Salaire net EQTP privé (région) | Euros nets par mois | Écart à la référence en % | (valeur régionale − 2 735 €) / 2 735 € × 100 |
La référence est la moyenne nationale du même jeu de données et du même millésime.
Étape 3 : construire le tableau normalisé
Une fois les écarts calculés, présentez-les dans un tableau unique. La fiche fournit les valeurs suivantes pour le salaire net EQTP privé en 2023 :
| Territoire (2023) | Écart à la moyenne nationale |
|---|---|
| Île-de-France | +27,9 % (environ 3 497 €) |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | −6,3 % (2 564 €) |
| Occitanie | −9,7 % |
| Grand Est | −10,2 % |
Étape 4 : vérifier les limites avant de conclure
Étape 5 : rédiger la conclusion sur deux communes
Une conclusion argumentée reprend trois éléments dans cet ordre : l’écart de chaque commune à la référence nationale, l’écart entre les deux communes, puis les limites de la donnée. Évitez les formules générales du type « la commune A est plus attractive ». Une phrase exploitable ressemble à ceci : « Pour le niveau de vie médian 2023, la commune A se situe X points au-dessus de la moyenne nationale, la commune B Y points en dessous ; l’écart est mesuré sur le même millésime. »
Questions fréquentes
Peut-on comparer le salaire médian de deux communes avec les données de l’Insee ?
Pas directement. Dans les données retenues, le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) est publié au niveau régional, non communal. Pour comparer deux communes, le dispositif Filosofi de l’Insee diffuse le niveau de vie médian jusqu’à l’échelle communale.
Pourquoi le même revenu ne donne-t-il pas le même niveau de vie selon la taille du foyer ?
Le revenu du ménage est divisé par son nombre d’unités de consommation (UC), qui pondère chaque membre du foyer. Une personne seule compte pour une UC, alors qu’un couple sans enfant en compte plus d’une : à revenu total égal, son niveau de vie par UC est donc plus faible.
Quelles limites faut-il vérifier avant de comparer des chiffres entre années ou entre petites zones ?
Le millésime 2022 de Filosofi n’a pas été produit, et les indicateurs 2023 (Filosofi 2) ne sont pas directement comparables à ceux de 2012 à 2021. Par ailleurs, l’Insee ne diffuse aucune statistique pour les zones de moins de 100 personnes, en raison du secret statistique. Vérifiez sur le site de l’Insee si un millésime plus récent a été publié depuis.