Non, pas directement : un taux de criminalité ne se compare fiablement entre deux villes qu’après vérification de trois points : le périmètre des données, la taille de la population et le lieu où les faits sont enregistrés. Les bases du SSMSI sont construites selon le lieu des faits, et la base communale ne couvre pas toutes les communes. Avant de mettre deux chiffres côte à côte, il faut donc contrôler ces paramètres.
Peut-on comparer la criminalité entre villes ?
Périmètre : commune, département, région
Les bases publiées par le SSMSI existent aux niveaux communal, départemental et régional. Une commune est un périmètre administratif précis : une ville-centre et les communes voisines forment des entités distinctes dans les données. Comparer une ville à un ensemble d’agglomération revient donc à comparer deux périmètres différents. Les sources retenues ne mentionnent pas de base au niveau intercommunal, ce qui oblige, pour un tel ensemble, à agréger soi-même les communes concernées et à vérifier que la liste est complète.
Taille de la commune et seuil de publication
La base communale ne couvre que les communes ayant enregistré plus de 5 faits pendant 3 années successives. Une très petite commune peut donc être absente de la base, ou y figurer avec des chiffres fragiles. Le secret statistique limite par ailleurs certains indicateurs, notamment les violences sexuelles.
Sur une petite population, la comparaison d’une très petite commune avec une grande ville oppose deux séries de chiffres de stabilité très inégale.
| Limite | Effet sur la comparaison |
|---|---|
| Seuil de plus de 5 faits sur 3 années successives | Commune absente de la base communale |
| Secret statistique | Indicateur manquant, notamment pour les violences sexuelles |
| Faible population | Taux instable d’une année sur l’autre |
Attractivité des centres et flux de population
Les données sont rattachées au lieu où les faits ont été enregistrés, et non au domicile des personnes concernées. Un centre urbain attire chaque jour des actifs, des étudiants et des visiteurs qui n’y résident pas. Les faits qui s’y produisent sont comptés dans la commune, alors que le taux par habitant rapporte ces faits à la seule population résidente. Le taux d’un centre très fréquenté peut ainsi paraître plus élevé que celui de ses habitants réels, et la comparaison avec une commune résidentielle aux flux plus faibles devient biaisée.

Que mesurent les faits enregistrés
Les bases publiées par le SSMSI (service statistique du ministère de l’Intérieur) recensent des faits enregistrés : des infractions consignées par la police ou la gendarmerie, à la suite d’une plainte ou d’un constat. Elles ne mesurent donc pas l’ensemble de la criminalité réelle. Une infraction peut être commise sans être signalée, et une plainte peut exister sans que le fait soit reconnu comme infraction lors de son enregistrement. Le chiffre publié dépend à la fois de la propension des victimes à porter plainte et de l’activité de constatation des forces de l’ordre.
Deux éléments déterminent la lecture correcte de ces données :
- Enregistré et commis ne sont pas équivalents. Une hausse du nombre de faits enregistrés peut refléter une meilleure prise de plainte autant qu’une augmentation réelle des infractions.
- Les faits sont classés par index. Les données reposent sur les 107 index de l’« État 4001 », qui servent à classer les infractions. Ces index sont ensuite agrégés en regroupements statistiques pour les publications territoriales.
Taux pour 1 000 habitants : mode d’emploi
Le taux pour 1 000 habitants ramène un nombre de faits enregistrés à une population comparable. Il sert à comparer des communes de tailles différentes, ce que ne permet pas le nombre brut de faits. La base communale du SSMSI fournit les effectifs ; la population de référence doit venir d’une autre source, à choisir avec soin.
Formule : prendre l’effectif de faits enregistrés, le diviser par la population de la commune, puis multiplier le résultat par 1 000. Le taux obtenu indique le nombre de faits pour 1 000 habitants sur la période considérée.
| Étape | Action | Point de vigilance |
|---|---|---|
| 1 | Relever l’effectif d’un indicateur pour une commune et une année | Vérifier qu’il s’agit bien de l’année et de l’indicateur voulus |
| 2 | Relever la population municipale de la même commune | Utiliser une population issue d’un recensement, pas une estimation d’une autre année |
| 3 | Diviser l’effectif par la population | Conserver le quotient exact, sans arrondir ni tronquer avant la fin du calcul |
| 4 | Multiplier le résultat par 1 000 | Le résultat est exprimé en faits pour 1 000 habitants |
Choix de la population de référence : l’effectif et la population doivent correspondre à la même commune et à la même année. Un écart d’année entre les deux termes fausse le taux, surtout lorsque la population d’une commune évolue vite. Pour une comparaison entre plusieurs communes, utiliser le même millésime de population pour toutes.
Arrondis : conserver une décimale pour comparer des taux proches, et arrondir seulement à la fin du calcul. Arrondir l’effectif ou la population en amont crée des écarts artificiels.
Comparer des populations très différentes : un taux rend deux communes comparables en ordre de grandeur, mais il ne dit rien des volumes. Une commune à forte population et une commune peu peuplée peuvent présenter un taux proche tout en ayant des effectifs bruts sans rapport. Présenter le taux et l’effectif brut côte à côte évite ce contresens.
Grandes villes : comment les comparer dans la base communale
Cette section ne donne pas de taux pour Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice ou Nantes, car la fiche de données ne contient aucune valeur chiffrée par ville. Elle décrit la méthode pour comparer ces six villes à partir de la base communale du SSMSI, le service statistique du ministère de l’Intérieur.
Ce que couvre la base communale
Le SSMSI publie des bases communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Ces six grandes villes dépassent très probablement le seuil de publication, mais certains indicateurs peuvent rester soumis au secret statistique : il faut vérifier leur présence dans la base.
Pour une comparaison, le format CSV ou Parquet permet de filtrer les six communes en une seule opération.
Méthode de comparaison
- Même année, même index : comparer Paris et Marseille sur un indicateur précis, pas sur un total toutes infractions confondues.
- Série pluriannuelle : la base depuis 2016 permet de suivre l’évolution de chaque ville sur plusieurs années, à condition de rester sur des index stables.
Centres-villes et périphéries
La base communale agrège chaque commune en un seul chiffre. La fiche ne documente pas de découpage infra-communal : un écart entre centre et périphérie d’une même ville ne peut donc pas être mesuré avec ces seules données.

Pourquoi les petites communes faussent la lecture
Un taux de délinquance rapporte un nombre de faits enregistrés à une population. Savoir repérer cette fragilité évite de conclure qu’une commune est plus sûre ou plus exposée qu’une autre sur la foi d’un seul chiffre.
Le SSMSI publie une base communale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Une commune qui n’atteint le seuil que sur une seule année ne remplit pas la condition de trois années consécutives. L’absence de donnée signifie donc une absence de série exploitable, et non une absence de délinquance.
Effet mécanique d’un seul fait
Quand le nombre de faits est faible, un fait de plus ou de moins modifie fortement le taux, car chaque fait pèse beaucoup dans un petit numérateur. Un seul fait supplémentaire peut faire bondir l’indicateur d’une année à l’autre, sans que la réalité locale ait changé. Une forte variation dans une petite commune doit donc être lue en nombre brut de faits avant d’être interprétée en pourcentage.
Pour juger la fiabilité d’une estimation, vérifier :
- le nombre brut de faits pour chaque année, et pas seulement le taux ;
- la présence de la commune sur les années successives de la série ;
- l’écart entre deux années, rapporté au nombre de faits concernés.
Secret statistique sur les violences sexuelles
Dans une petite commune, les violences sexuelles peuvent être absentes ou non publiées. Un taux global ne reflète alors pas l’ensemble des infractions. Les comparaisons entre petites communes doivent donc se limiter aux indicateurs réellement disponibles.
Où trouver les données officielles ?
Les statistiques de délinquance enregistrée sont publiées par le SSMSI, le service statistique du ministère de l’Intérieur, sur data.gouv.fr. Elles couvrent les faits enregistrés par la police et la gendarmerie depuis 2016. Pour comparer des villes, il faut donc partir de la base correspondant à l’échelon voulu.
Le SSMSI publie trois bases :
- Base communale : détail au niveau de chaque commune couverte. C’est la seule qui permet de comparer des villes précises.
- Base départementale : agrégation au niveau du département, utile pour situer une ville dans son territoire.
- Base régionale : agrégation au niveau de la région, pour des comparaisons à grande échelle.
Les données sont disponibles aux formats CSV, XLSX et Parquet. Le choix dépend de l’outil utilisé : un tableur accepte le CSV ou le XLSX, tandis qu’un traitement par script peut s’appuyer sur n’importe lequel de ces formats.
Les données sont diffusées sous Licence Ouverte 2.0, qui autorise la réutilisation, y compris commerciale, à condition de citer la source.
Questions fréquentes
Peut-on comparer directement le taux de criminalité de deux villes ?
Oui, mais seulement si les deux chiffres portent sur le même périmètre (commune, département ou région) et sur une population de taille comparable. Le lieu des faits détermine le rattachement : une infraction commise dans une commune est comptée dans cette commune, quel que soit le domicile de l’auteur ou de la victime.
Pourquoi certaines petites communes n’apparaissent-elles pas dans les données ?
La base communale du SSMSI ne retient que les communes ayant enregistré plus de 5 faits pendant 3 années successives. Les communes en dessous de ce seuil sont donc absentes, ou présentent des taux instables, car un seul fait supplémentaire modifie fortement le résultat.
Quels indicateurs peuvent manquer dans les tableaux publiés ?
Le secret statistique masque certains indicateurs lorsque les effectifs sont trop faibles, notamment pour les violences sexuelles. Il faut donc vérifier, avant toute comparaison, que chaque indicateur utilisé est bien renseigné pour les deux villes.