Dans une comparaison de villes, le mot « urgences » recouvre trois durées distinctes qui ne se mesurent ni au même moment ni au même endroit. Le temps de passage va de l’arrivée du patient à sa sortie du service. Le délai avant soins sépare l’enregistrement administratif du début de la prise en charge médicale. Le temps de trajet est le temps de route entre le domicile et l’établissement, indépendant du fonctionnement du service. Confondre ces indicateurs fausse la comparaison : une commune peut avoir un trajet court et un passage long.

Délai d’attente ou temps de trajet : de quoi parle-t-on ?

IndicateurDébut de la mesureFin de la mesureCe qu’il traduit
Temps de passageArrivée du patient dans le serviceSortie du serviceLa charge globale du service, de l’accueil à la décision de sortie
Délai avant soinsEnregistrement administratifDébut de la prise en chargeL’attente avant l’intervention d’un soignant
Temps de trajetAdresse du patientArrivée à l’établissementL’accessibilité géographique, hors fonctionnement du service

Pour le délai avant soins, la fiche de données fournit un chiffre récent. Selon une publication de la DREES datée du 2 juin 2026, la moitié des patients attend moins de 30 minutes entre l’enregistrement et le début des soins, et 1 patient sur 10 attend plus de 2 h 30. Ces attentes sont plus longues dans les points d’accueil à forte affluence, ce qui signifie que le volume de patients d’un établissement pèse directement sur cet indicateur.

Le temps de trajet se mesure différemment : il dépend de l’adresse de départ, pas de la commune entière. Deux quartiers d’une même ville peuvent donc afficher des trajets très différents vers le même hôpital. Le mode de transport utilisé (voiture, transports en commun, ambulance) modifie aussi la durée réelle.

Le temps de passage, enfin, reflète la capacité d’accueil et la gestion des lits du service. Il n’a pas de lien mécanique avec la distance : un établissement proche peut être saturé, et un établissement éloigné peut fonctionner avec des passages plus rapides.

Délai d'attente ou temps de trajet : de quoi parle-t-on ?

Combien de Français vivent à plus de 30 minutes des urgences ?

Fin 2015, près de 4 millions de personnes, soit 6 % de la population, vivaient à plus de 30 minutes d’un service d’urgence. Le calcul inclut les SMUR (services mobiles d’urgence et de réanimation), ce qui signifie que la mesure porte sur l’ensemble de l’offre d’urgence, et non sur les seuls services des urgences hospitalières.

Repères chiffrés

  • Population concernée : près de 4 millions de personnes
  • Part de la population : 6 %
  • Date de référence : fin 2015
  • Périmètre : services d’urgence, SMUR inclus
  • Publication : étude de la DREES, publiée en mai 2017

La fiche de référence précise que ce chiffre est le plus récent trouvé pour cet indicateur. L’étude originale n’a pas pu être lue directement : l’information provient de la reprise qu’en a faite Le Quotidien du Médecin.

Régions les plus touchées

Quatre régions ressortent comme les plus touchées par cet éloignement :

  1. Corse
  2. Martinique
  3. Bourgogne-Franche-Comté
  4. Guyane

La fiche ne donne pas de valeur par région. Il n’est donc pas possible de les classer entre elles ni de savoir quelle part de leur population est concernée.

Comment lire ce chiffre pour une commune donnée

Le chiffre national agrège des situations très différentes. Pour évaluer une commune, la méthode consiste à identifier le service d’urgence le plus proche, puis à mesurer le temps de trajet réel à l’heure où il sera utilisé, plutôt que la distance à vol d’oiseau. La présence d’un SMUR dans le secteur peut modifier ce calcul, car elle est intégrée au décompte national.

Combien de temps reste-t-on aux urgences en 2023 ?

L’enquête DREES du 13 juin 2023 a porté sur 719 points d’accueil des urgences et 58 500 patients. Elle mesure la durée de passage, c’est-à-dire le temps entre l’arrivée et la sortie. La moitié des patients reste plus de 3 heures. Cette médiane est en hausse de 45 minutes par rapport à 2013 (DREES, publication du 19 mars 2025, enquête réalisée le 13 juin 2023).

Les passages longs concernent aussi une part non négligeable de patients. En 2023, 15 % restent plus de 8 heures aux urgences, contre 9 % en 2013. Ce sont des moyennes nationales : elles ne décrivent pas la situation d’un établissement précis.

IndicateurRésultat 2023
Médiane de la durée de passagePlus de 3 h (+45 min depuis 2013)
Patients restant plus de 8 h15 % (9 % en 2013)

Peut-on comparer les urgences des villes moyennes ?

La taille de la ville ne suffit pas à prédire le délai. La fiche DREES mesure le volume de patients accueillis chaque jour par un service d’urgence, et relie la durée de passage à ce critère. Elle ne rapporte pas les résultats à la population de la commune. Une ville moyenne peut donc avoir un petit service aux attentes courtes, ou un service à fort volume aux attentes longues.

Ce que mesure la taille du service

L’enquête DREES du 13 juin 2023 porte sur 719 points d’accueil des urgences. Elle montre un écart net selon le nombre de patients par jour :

Patients par jour dans le serviceDurée de passage (médiane)
40 ou moinsMoins de 2 h
Plus de 1203 h 50

Le premier seuil signifie que la moitié des patients attend moins de 2 h. Le second donne la médiane pour les services les plus fréquentés. La fiche ne fournit aucune valeur pour les services accueillant entre 40 et 120 patients par jour. Il est donc impossible de décrire la progression exacte entre ces deux seuils.

Le lien avec la taille de la ville

Les données disponibles ne permettent pas de conclure qu’une ville moyenne a des urgences plus rapides ou plus lentes. Pour vérifier le cas d’une commune donnée, la méthode est la suivante :

  • Identifier l’établissement qui assure les urgences de la commune.
  • Obtenir son nombre moyen de passages quotidiens, en interrogeant directement l’établissement ou ses publications.
  • Situer ce volume par rapport aux seuils de 40 et de 120 patients par jour.
  • Ne retenir une durée de passage que si elle est publiée pour cet établissement, plutôt que de la déduire de la taille de la commune.

Peut-on comparer les urgences des villes moyennes ?

Quels facteurs font varier l’attente ?

Trois éléments sont associés à des attentes plus longues dans les données de la DREES : l’âge du patient, la recherche d’un lit en cas d’hospitalisation et le niveau d’affluence de l’établissement. Ces données décrivent des associations, sans hiérarchiser ni établir de causes.

L’âge du patient

En 2023, 15 % des patients restent plus de 8 heures aux urgences. Chez les 75 ans et plus, cette part monte à 36 %, soit plus de deux fois la moyenne.

La recherche de lit

Lorsqu’un patient doit être hospitalisé, le temps de recherche d’un lit s’ajoute à la durée du passage. Pour les patients hospitalisés ensuite, la durée de recherche d’un lit dépasse 6 h 10 pour 10 % d’entre eux. Ce délai dépend de la disponibilité des lits dans l’établissement et non du seul service d’urgence.

L’affluence

La fiche ne fournit pas de seuil chiffré pour cet effet : il faut donc le considérer comme une tendance qualitative.

FacteurIndicateurSource
Âge de 75 ans et plus36 % restent plus de 8 h (15 % de l’ensemble en 2023)DREES, 2025-03-19
Recherche de lit10 % des patients hospitalisés dépassent 6 h 10DREES, 2025-03-19

Comment comparer l’accès aux urgences avant de déménager ?

Comparer deux communes revient à mesurer le temps réel entre le logement et un service d’urgences, puis à vérifier si ce service dispose d’un SMUR. Les publications nationales ne donnent pas de temps de trajet par commune. Elles fournissent des repères, qu’il faut compléter par un calcul à votre adresse.

Calculer le trajet depuis une adresse

  • Saisissez l’adresse exacte du logement, et non le centre de la commune.
  • Relevez le trajet mesuré à l’adresse en voiture, puis en transports en commun si vous ne conduisez pas.
  • Comparez le résultat, à titre indicatif, au seuil de 30 minutes utilisé par la DREES dans son indicateur d’accessibilité (SMUR inclus).

Tester les heures de pointe

Les données publiées ne donnent pas de durée de trajet chiffrée par ville à heure de pointe. Faites donc le test vous-même : calculez l’itinéraire pour plusieurs créneaux (matin, fin d’après-midi, milieu de journée) et conservez les écarts. Un trajet court hors pointe peut devenir nettement plus long aux heures de trafic dense.

Vérifier la présence d’un SMUR sur le site

L’indicateur de la DREES sur les populations éloignées de plus de 30 minutes inclut explicitement le SMUR. Un trajet vers un service d’urgences sans SMUR ne se compare donc pas directement à un trajet vers un site qui en dispose. Vérifiez cette information pour chaque établissement retenu.

Sources à consulter

SourceDate citéeApport pour votre comparaison
DREES, étude sur l’accès aux urgencesMai 2017Indicateur de population à plus de 30 minutes, données de fin 2015 (dernière valeur trouvée)
DREES, enquête dans 719 points d’accueil19 mars 2025Durées de passage aux urgences, dont la moitié des patients reste plus de 3 h en 2023
DREES, délais avant la prise en charge2 juin 2026Attente entre l’enregistrement et le début des soins
Agences régionales de santé (ARS)Non préciséePublications régionales pour le détail local

Le PDF de l’étude 2017 n’était pas lisible : ses chiffres ont été vérifiés via la reprise du Quotidien du Médecin.

Questions fréquentes

Un temps de trajet court garantit-il une prise en charge rapide ?

Non. Le temps de trajet ne mesure que la durée entre le domicile et l’établissement, sans rien dire de l’organisation du service une fois le patient arrivé. Un hôpital proche peut donc afficher un délai avant soins long, et inversement.

Peut-on comparer les urgences de deux villes moyennes avec ces données ?

Pas avec les sources citées, qui ne fournissent aucun chiffre par ville ni par ville moyenne. Les repères disponibles sont nationaux ou ventilés par taille de service, donc une comparaison locale suppose de relever les indicateurs de chaque établissement, en précisant lequel des trois temps est mesuré.

Quel chiffre retenir pour l’attente avant les soins ?

La publication DREES du 2 juin 2026 indique que la moitié des patients attend moins de 30 minutes entre l’enregistrement et le début des soins, et qu’un patient sur dix attend plus de 2 h 30. Ce délai avant soins ne doit pas être confondu avec le temps de passage, dont l’enquête DREES portant sur 2023 (publiée le 19 mars 2025) montre que la moitié des patients dépasse 3 h.

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