Le bruit d’un avion se mesure avec des sonomètres installés au sol, puis se modélise pour estimer les niveaux sur tout un territoire. Un réseau de capteurs enregistre les niveaux près des pistes, tandis qu’un calcul informatique estime ceux des quartiers qui ne sont pas équipés. La mesure donne une réalité ponctuelle, la modélisation couvre l’ensemble de la zone.
Comment mesure-t-on le bruit des avions ?
Sonomètres fixes et capteurs mobiles
Les sonomètres fixes sont installés à demeure, généralement à proximité des pistes ou dans des secteurs habités. Ils enregistrent le niveau sonore en continu, ce qui permet de suivre son évolution selon l’heure, le jour et la saison.
Les capteurs mobiles sont déplacés selon les besoins. Ils servent à documenter un point précis, par exemple une zone où les plaintes se concentrent ou un secteur survolé par une nouvelle trajectoire, sans équiper durablement le site.
Pour comparer deux communes, un sonomètre fixe fournit une série continue, alors qu’une campagne mobile donne une image limitée dans le temps. Les deux approches se complètent.
Modélisation des trajectoires et du trafic
La modélisation part des données de trafic (nombre de mouvements, types d’appareils, créneaux horaires) et des trajectoires suivies au décollage et à l’atterrissage. Un logiciel calcule ensuite la propagation du son au sol en tenant compte de la distance, du relief et des obstacles, puis trace les niveaux sur une carte.
Le résultat dépend directement des hypothèses retenues. Une modification de trajectoire ou de programme de vols change la carte.
| Méthode | Ce qu’elle fournit | Limite principale |
|---|---|---|
| Sonomètre fixe | Série continue en un point | Ne couvre que son emplacement |
| Capteur mobile | Mesure ponctuelle dans un secteur choisi | Limitée dans le temps |
| Modélisation | Carte estimée sur un territoire entier | Dépend des données d’entrée |
Décibels pondérés A et perception
Le niveau est exprimé en décibels pondérés A, noté dB(A). Ce filtre atténue les fréquences graves et très aiguës, qui sont moins bien perçues par l’oreille humaine. La mesure se rapproche ainsi de la gêne ressentie, plutôt que d’une pression acoustique brute.

Lden, Lnight : les indicateurs à connaître
Deux indicateurs encadrent l’évaluation du bruit aérien autour des aéroports : Lden et Lnight. Ils ne couvrent pas la même durée et ne se lisent pas de la même façon.
**Lden (jour, soirée, nuit) est un indicateur sur 24 heures. Il applique des malus aux événements sonores survenant en soirée et de nuit, périodes jugées plus gênantes. La valeur limite Lden 55 est citée dans la proposition de résolution parlementaire (Sénat, 2023).
Lnight ne retient que la nuit, de 22 h à 6 h. Il vise l’exposition pendant le sommeil. La valeur limite associée est de 50 décibels.
| Indicateur | Période couverte | Valeur limite citée |
|---|---|---|
| Lden | 24 h, avec malus en soirée et de nuit | 55 dB (jour) |
| Lnight | 22 h à 6 h | 50 dB (nuit) |
Les deux seuils ne sont pas interchangeables. Ils évoluent aussi séparément : selon une proposition de résolution parlementaire (et non un rapport technique), autour de Roissy-CDG, la population exposée au dépassement de Lden 55 a augmenté de 23 % en six ans, contre 80 % pour Lnight 50.
Pour comparer deux communes, la méthode consiste à vérifier d’abord l’indicateur utilisé par la source, puis à ne comparer que des chiffres établis avec le même seuil et la même période.
PEB : que signifient les zones A, B, C et D ?
Le plan d’exposition au bruit (PEB) découpe le territoire autour d’un aéroport en quatre zones, lettrées de A à D. La zone A correspond à l’exposition la plus forte et la zone D à la plus faible. Le niveau de la zone détermine les contraintes d’urbanisme qui s’appliquent à une parcelle. Les seuils de bruit qui délimitent chaque zone ne figurent pas dans les données disponibles pour cette section : ils sont fixés dans le document du PEB de l’aéroport concerné.
Niveaux d’exposition par zone
- Zone A : exposition la plus élevée. Les contraintes d’urbanisme y sont les plus strictes.
- Zone B : exposition forte, avec des contraintes intermédiaires à élevées.
- Zone C : exposition modérée, avec des constructions encadrées.
- Zone D : exposition la plus faible du plan, avec les contraintes les plus légères.
Règles de construction neuve
Le principe est le même dans toutes les zones : plus l’exposition est forte, plus les règles sont restrictives. Selon la zone, le règlement du PEB peut limiter le type de constructions autorisées, notamment les logements, et imposer des conditions d’isolation acoustique. Les règles exactes varient d’une zone à l’autre et sont détaillées dans le règlement du PEB lui-même.
Élaboration et approbation
Le PEB suit une procédure en trois temps :
- Élaboration : le document est établi pour un aéroport donné, à partir des données de bruit de cet aéroport.
- Approbation : le PEB est approuvé par arrêté préfectoral.
- Intégration : une fois approuvé, il s’impose aux documents d’urbanisme des communes concernées, dont le PLU.
Le PEB ne se confond pas avec les indicateurs de population exposée présentés plus haut.
Comment évolue la population exposée autour de Roissy-CDG et d’Orly ?
Selon une proposition de résolution parlementaire (et non un rapport technique), l’exposition au bruit aérien progresse autour des deux grands aéroports franciliens. Selon une proposition de résolution parlementaire publiée par le Sénat le 12 mai 2023, la population exposée à un dépassement de la valeur limite Lden 55 (jour) a augmenté de 23 % en six ans autour de Roissy-CDG, et de 34 % en six ans autour d’Orly.
| Aéroport | Hausse de la population exposée (jour, Lden 55) | Hausse de la population exposée (nuit, Lnight 50) | Période |
|---|---|---|---|
| Roissy-CDG | +23 % | +80 % | Six ans |
| Orly | +34 % | +91 % | Six ans |
Ces hausses concernent des populations exposées au-delà des seuils réglementaires, et non l’ensemble des habitants des communes riveraines. Les deux indicateurs ne se comparent donc pas directement : une progression en pourcentage dépend du point de départ, qui n’est pas précisé dans la fiche disponible.
Pour comparer les communes elles-mêmes, la méthode consiste à :
- identifier, pour chaque aéroport, les communes couvertes par les courbes de bruit ;
- rapporter la population exposée à la population totale de la commune, afin de neutraliser l’effet de taille.

Le bruit des avions fait-il baisser le prix d’un logement ?
La fiche de données ne contient aucun prix de transaction. Elle décrit l’exposition au bruit : la population dépassant Lden 55 (jour) et Lnight 50 (nuit) autour de Roissy-CDG et d’Orly, et les personnes exposées à un bruit supérieur aux valeurs-guide de l’OMS. Ces données ne permettent donc pas de conclure seules à une décote. Il faut les croiser avec les transactions immobilières et vérifier si l’écart de prix subsiste une fois les autres facteurs neutralisés.
Méthode de comparaison par tranche d’exposition
- Définir les tranches d’exposition à partir d’un seul indicateur, et le nommer. La fiche distingue Lden 55, Lnight 50 et les valeurs-guide de l’OMS.
- Géolocaliser chaque transaction DVF et l’affecter à une tranche.
- Comparer les prix au mètre carré sur des biens comparables : même type, même tranche de surface, même période.
- Vérifier que la tranche ne coïncide pas avec une autre caractéristique du secteur.
| Facteur à contrôler | Raison |
|---|---|
| Type et surface du bien | Le prix au m² varie selon la taille du logement |
| Année de transaction | Les niveaux de prix évoluent d’une année à l’autre |
| Desserte et services | Ils peuvent compenser ou amplifier l’effet du bruit |
| Type de bâti | Il diffère souvent d’un quartier à l’autre |
Isoler l’effet propre du bruit
Une décote observée peut venir d’autres causes. Pour estimer l’effet propre du bruit, on compare des biens proches géographiquement d’un même équipement mais situés dans des tranches différentes. Une régression hédonique, qui intègre surface, année, distance au centre et services, permet de tester si la tranche d’exposition reste significative une fois ces variables prises en compte.
Limites statistiques d’une corrélation
- Corrélation et causalité : un écart de prix entre tranches peut refléter une différence de profil des acheteurs, et non le bruit lui-même.
- Biais de sélection : les zones les plus exposées ne sont pas choisies au hasard. Elles diffèrent souvent des autres par leur histoire urbaine et leur desserte.
- Taille d’échantillon : peu de transactions dans une tranche étroite rendent l’estimation instable.
- Définition figée : les zones exposées évoluent dans le temps. Il faut fixer la définition des tranches sur toute la période étudiée, sans la recalculer année par année.
Où consulter les cartes de bruit de sa commune ?
Pour connaître l’exposition au bruit des avions d’une commune, il faut partir des plateformes publiques qui publient les cartes, puis lire leur légende avant toute comparaison. Les cartes de bruit sont publiées par des plateformes publiques et par les documents d’urbanisme (PEB annexé au PLU) ; vérifiez la source de chaque carte.
Démarche pas à pas :
- Ouvrir la plateforme et saisir le nom de la commune ou une adresse.
- Activer la couche de bruit aérien liée à l’aéroport concerné (Roissy-CDG, Orly ou Le Bourget pour l’Île-de-France).
- Repérer l’indicateur affiché. Les cartes distinguent le bruit moyen de jour (Lden) et celui de nuit (Lnight), avec des valeurs limites différentes.
- Noter la date de la carte, car l’exposition évolue avec le trafic aérien.
La légende associe chaque couleur à une classe de niveau sonore. Elle est propre à chaque carte : une même teinte n’a de sens que pour l’indicateur et la carte qui l’affichent.
| Élément à relever | Pourquoi |
|---|---|
| Indicateur (Lden ou Lnight) | Détermine le seuil de lecture |
| Aéroport concerné | Une commune peut être exposée à plusieurs plateformes |
Demande auprès de la mairie et de la préfecture : si la carte est introuvable ou si vous avez besoin de précisions, écrivez à la mairie de la commune, qui peut indiquer les documents d’urbanisme applicables. La préfecture du département est un interlocuteur pour les documents liés à l’environnement aéroportuaire. Demandez la carte, son indicateur et sa date.
Les chiffres d’évolution de l’exposition autour de Roissy-CDG et d’Orly, cités dans une proposition de résolution parlementaire du Sénat (12 mai 2023), ne proviennent pas d’un rapport technique. Pour une commune précise, consultez la carte officielle plutôt que de vous appuyer sur ces chiffres.
Comparer deux communes avant d’acheter
Pour comparer deux communes, placez chaque critère dans une seule grille. Une grille multicritère évite de décider sur une impression ou sur un seul chiffre.
Structure de la grille
| Critère | Ce qu’il faut comparer | Où le vérifier |
|---|---|---|
| Bruit aérien | Niveau d’exposition et indicateur utilisé | Documents d’exposition au bruit des aéroports concernés |
| Servitudes | Présence de prescriptions liées au plan d’exposition au bruit (PEB) | Règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune |
| Prix | Prix médian au m² sur une même période | Données DVF |
| Transports | Desserte en transports en commun et temps de trajet vers les pôles d’emploi | Horaires et plans des réseaux, outils d’itinéraire |
| Services | Distance aux commerces, écoles et santé | Recensement des équipements de la commune |
| Climat | Températures et précipitations sur plusieurs années | Données météo publiques de la station la plus proche |
Vérifier que les deux communes sont mesurées de la même façon
L’indicateur de bruit change tout : comparez deux communes avec le même indicateur (Lden ou Lnight), la même période et la même date de carte.
Pondérer selon le profil d’acheteur
Chaque critère reçoit une note, puis un poids. Le score de chaque commune est la somme des notes multipliées par leur poids. Fixez les poids sur une échelle de 1 à 5 selon votre situation :
| Profil | Critère à pondérer fortement | Raison |
|---|---|---|
| Sommeil léger ou enfants en bas âge | Bruit aérien et servitudes | L’exposition nocturne peut peser fortement sur le sommeil |
| Budget contraint | Prix au m² | Le prix d’entrée limite le choix de la commune |
| Usage sans voiture | Transports et services | La distance aux équipements conditionne le quotidien |
Refaites le calcul en modifiant seulement un poids à la fois. Si le classement ne bouge pas, le résultat est robuste. S’il s’inverse, le critère pondéré décide du choix.
Questions fréquentes
Comment sait-on combien de riverains sont exposés au bruit d’un aéroport ?
Les niveaux sont estimés à partir de sonomètres fixes et de capteurs mobiles, puis extrapolés par modélisation sur l’ensemble du territoire. Les chiffres d’exposition ne proviennent donc pas d’une mesure directe de chaque foyer.
Pourquoi le nombre de personnes exposées peut-il fortement augmenter d’une année à l’autre ?
Les seuils réglementaires Lden 55 (jour) et Lnight 50 (nuit) sont des valeurs limites qui déterminent qui entre dans la zone d’exposition.
Un dépassement des valeurs-guide de l’OMS signifie-t-il la même chose qu’un dépassement de Lden 55 ?
Non. Les valeurs-guide de l’OMS sont des recommandations sanitaires distinctes de la valeur limite Lden 55. Selon le Sénat (12 mai 2023), 1,9 million de Franciliens riverains d’Orly, de Roissy et du Bourget sont exposés à un bruit supérieur à ces valeurs-guide, un chiffre qui ne se rapporte pas au seuil Lden 55.